La premiere guerre mondiale. L’Ukraine soviétique.
09/03/2010 at 15:59 | In La histoire d´Ukraine | Leave a CommentTags: églises, histoire, Kiev, première guerre mondiale, République populaire d’Ukraine, République soviétique ukrainienne, traité de Brest-Litovsk, Ukraine
Au début du 20e siècle, les grands Empires furent face aux limites de leur expansion. Car tous les continents et pays sont peuplés, colonisés, soumis. Celui qui souhaite encore s’étendre se trouve dans l’obligation d’envahir un autre pays ou une partie d’un territoire étranger.
Les grands empires, pour parer à de telles éventualités, avaient donc conclu un écheveau compliqué de pactes d’assistance mutuelle et de non-aggression. L’empire allemand par exemple avait conclu un accord avec l’Empire Austro-hongrois, et à côté de cela également avec l’Italie, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie. Par ailleurs, la France avait conclu une alliance avec la Russie et l’Angleterre, qui elle-même était alliée au Japon et aux Etats-Unis d’Amérique.
Ce système d’alliance était tellement compliqué et fragile que le moindre incident pouvait suffire à faire s’écrouler ce château de carte et précipiter tous les protagonistes dans une guerre. Cet incident survint avec l’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie, Franz Ferdinand, le 28 juin 1914, à la suite duquel l’Autriche-Hongrie marcha sur la Serbie, elle-même protégée par un pacte d’assistance mutuel avec la Russie. Par cette action militaire à dimension régionale furent activées toutes les alliances existantes entre les pays, et les peuples furent précipités dans la guerre la plus meurtrière de notre histoire, la Première Guerre mondiale.
A ce moment-là, les Ukrainiens vivent dans deux pays. Une partie appartient à l’Autriche-Hongrie, l’autre à la Russie. Dans l’espoir de se voir attribuer après la victoire finale un territoire pour leur propre Etat, les « petits Russes » du côté russe se battent contre les tirailleurs ruthènes présents dans les rangs austro-hongrois.
L’assassinat du tsar russe en 1917 et la lutte pour le pouvoir qui s’ensuivit plongèrent l’ancien Empire russe dans le chaos. Ce chaos fut l’occasion pour les Ukrainiens de tenter de créer leur premier Etat indépendant, la « République populaire d’Ukraine » (RPU), qui déclara en 1918 son indépendance par rapport à l’Empire russe. Mais alors que les bolchéviques furent prompts à envoyer des troupes en Ukraine, les Ukrainiens se tournèrent vers les puissances occidentales en demandant protection et aide militaire par l’envoi de troupes autrichiennes et allemandes contre les bolchéviques. Lors des négociations du traité de paix de Brest-Litovsk, les Russes s’engagent à retirer leurs troupes d’Ukraine. C’est ainsi que fut constitué un premier Etat ukrainien indépendant, cependant occupé et administré par l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie.
En octobre 1918, les puissants Etats garants de l’Ukraine se disloquent. Le traité de Brest-Litovsk n’est plus considéré comme valable, et les troupes soviétiques marchent à nouveau sur Kiev. Les Polonais, à l’ouest, revendiquent une partie de l’Ukraine, mais n’obtiennent pas gain de cause. De nombreuses « Ukraines » sont formées, pour disparaître, certaines au bout de quelques jours, d’autres après plusieurs mois. L’Ukraine est plongée dans la guerre civile, et les combats se déroulent sur trois fronts, car les Alliés (France, Grèce et Roumanie) lancent eux aussi une intervention au sud par la mer Noire, pour soutenir l’armée « blanche » contre les bolchéviques.
Mais ceux qui luttent le plus âprement pour prendre le contrôle de l’Ukraine sont sans aucun doute les soviétiques et les Polonais. Les Ukrainiens, quant à eux, n’ont pas abandonné l’idée de la création d’un Etat indépendant en collaborant avec les différentes forces d’occupation. En 1920, la Pologne et l’Union soviétique arrivent enfin à un accord de paix, par lequel ils se partagent l’Ukraine, L’Etat souverain ukrainien appartient désormais au passé. Ce qu’il en reste est, du côté soviétique, la « République soviétique ukrainienne », non pas un Etat souverain, mais du moins de par son nom un témoin non négligeable de l’existence d’une nation ukrainienne en soi.
Le développement d’une conscience nationale ukrainienne
02/03/2010 at 17:08 | In La histoire d´Ukraine | Leave a CommentTags: cercle Chevtchenko, cercles culturels, cosaques, culture, Empire russe, galicie, Habsbourg, histoire, Ivan Franko, nationalisme ukrainien, Pologne, polonisation, russification, Tarass Chevtchenko, Ukraine
Après la fin de l’ère cosaque et le déclin de la Pologne-Lituanie, l’Ukraine dut faire face à de nombreux changements. De par les partages successifs de la Pologne en 1772, 1793 et 1795, des territoires jusqu’alors polonais revinent à l’Empire russe (Volhynie et Podolie) et à l’Empire des Habsbourg (Galicie orientale). Au départ, les changements étaient peu visibles pour la population, qui était en majorité composée de serfs: même si le royaume de Pologne n’existait plus, les seigneurs polonais continuaient à régner sur leurs terres, que ce soit dans les provinces devenues russes ou autrichiennes.
L’Ukraine russe
Dans les régions nouvellement acquises par les russes, on essaya tout d’abord d’intégrer la noblesse polonaise à la bureaucratie russe. Ceci changea du tout au tout après la révolte de 1830/31. Les nobles qui s’étaient soulevés contre Moscou virent leurs biens confisqués et envoyés en exil, l’administration fut russifiée et la langue administrative, qui était restée jusqu’alors le polonais, fut changée pour le russe. De nombreux monastères catholiques polonais furent fermés et en 1839 l’Eglise uniate fut interdite. Malgré toutes ces mesures, les Polonais et les Juifs, qui exerçaient souvent la profession de métayer ou de cafetier, gardèrent une place dominante dans la vie culturelle, économique et sociale.
En Ukraine orientale, la structure sociale resta inchangée. Mais Moscou maintint sa pression sur la noblesse et sur l’Eglise orthodoxe ukrainiennes ainsi que sur les Cosaques, jouissant depuis le début du 19e siècle du statut de „paysans étatiques“, les forçant à l’assimilation aux structures russes. Ceci fit perdre à ces derniers une partie de leur identité culturelle. Cependant, malgré leur russification, ce sont d‘eux que viendront plus tard les premiers prémices de la création d’une identité nationale ukrainienne.
Au 19e siècle, faisant écho à une tendance générale en Europe, des intellectuels venant de la noblesse ukrainienne et de la classe supérieure cosaque commencèrent à s’intéresser aux spécificités linguistiques et culturelles de l’Ukraine et initièrent le premier élan nationaliste ukrainien. Ils avaient pour but non seulement de faire l’inventaire des chansons populaires ukrainiennes et des épopées cosaques, mais aussi d’étudier les spécificités de la langue ukrainienne. De plus ils consacrèrent une partie de leurs recherches à l’établissement d’une histoire ukrainienne indépendante de celle enseignée par les Russes ou les Polonais. Les oeuvres du poète NikolaÏ Gogol, notamment les „soirées du hameau près de Didanka“ ou „Mirhorod“, racontant le quotidien des paysans ukrainiens et des Cosaques et leur alliant des éléments fantastiques, furent un énorme succès.
L’homme qui fut le plus important pour le mouvement nationaliste ukrainien fut le fils d’un serf né dans les environs de Kiev, Tarass Chevtchenko (1814-1861), qui étudia à l’Académie d’Art de St Pétersbourg et se consacra plus tard à la poésie. On compte parmi ses oeuvres les plus significatives le recueil de poèmes ukrainiens connu sous le nom de „Kobzar“ (ménestrel), et son poème „Haïdamaky“ racontant la révolte des Haïdamakes (paysans et Cosaques ukrainiens) en 1867 contre le royaume de Pologne-Lituanie. Chevtchenko était membre du cercle littéraire Cyrille et Méthode, créée en 1845 par des universitaires kiéviens. A ce cercle, qui s’était dédié corps et âme à la cause nationale ukrainienne, appartenaient d’illustres personnalités comme l’historien Mykola Kostomarov, le poète et historien Panteliemon Koulitch, l’ethnographe Opanass Markovytch et le poète Vasile Bilozerski.
Pour le tsar, le mouvement nationaliste ukrainien représentait une menace grandissante. Des mesures rigoureuses à son encontre furent prises. On interdit le cercle Cyrille et Méthode et ses membres furent envoyés en exil. Contre Chevtchenko, qui, dans ses poèmes dénonçait les inégalités sociales en Ukraine et appelait à la révolte contre la force d’occupation russe, les mesures furent particulièrement sévères. Il fut obligé d’effectuer son service militaire dans un bataillon de la steppe kazakhe, fut enfermé en 1850 dans la forteresse de Novopetrovsk au bord de la mer Caspienne et fut interdit définitivement de séjour en Ukraine. Mais après la mort du tsar Nicolas 1er, les membres du cercle Cyrille et Méthode furent tour à tour amnistiés et recommencèrent à se rencontrer à St Pétersbourg.
En Ukraine même, d’autres cercles culturels (Hromady) sont formés, dont les membres s’intéressent à la pensée nationale et sont à l’initaitive de la création d’écoles ayant pour but la formation et l’éducation du peuple. Avec la révolte de 1863, initiée par la noblesse polonaise en Ukraine orientale, le mouvement nationaliste ukrainien prend de l’ampleur. Le but des Polonais était de rallier le peuple ukrainien à leur cause pour pouvoir s’élever ensemble contre l’occupation russe. Mais ils échouèrent dans cette tentative. La réaction du gouvernement tsariste ne se fit, elle, pas attendre. Ce fut une vague d’arrestations, suivies de confiscations de biens et d’exécutions. La répression de la révolte polonaise permit aux Russes de s’attaquer de front au problème du mouvement nationaliste ukrainien, qu’ils ne voyaient pas d’un très bon oeil depuis longtemps. Les Hromady furent dissouts, leurs membres envoyés en exil et leurs écoles fermées. Les écrits ukrainophones, à l’exception des belles-lettres, puis les représentations théâtrales en ukrainien et l’impression de chansons ukrainienne furent interdits par décision politique.
Même si les mesures prises par les Russes mirent un frein aux efforts pour créer une identitée nationale ukrainienne, il se trouva toujours des activistes, comme Volodomyr Antonovytch et Mykhaïlo Drahomanov, historiens à l’Université de Kiev, pour continuer le mouvement, jouant le rôle de véritables guides spirituels dans le dernier quart du 19e siècle.
L’Ukraine polonaise
En Galicie, appartenant à la monarchie habsbourgeoise, le mouvement nationaliste ukrainien s’implanta beaucoup plus tardivement que sur le territoire russe. Certes, un cursus de civilisation ruthène fut proposé dès 1887 à l’université de Lviv, institut philosophique et théologique spécialisé dans l’histoire et la culture ukrainiennes, et des cercles littéraires ukrainiens très actifs furent créés dès le début du 19e siècle, mais ce n’est qu’avec l’introduction d’un Etat constitutionnel autrichien, en 1861, accordant des parlements et des gouvernements locaux, que se renforça le sentiment national ukrainien dans la partie occidentale du pays. Les répressions grandissant à l’encontre des nationalistes ukrainiens du côté russe à la fin du 19e siècle, l’influence du mouvement nationaliste d’Ukraine occidentale augmenta de façon significative. C’est ainsi que fut publiée à Lviv en 1869 la première revue littéraire en ukrainien, ayant pour titre la « Pravda » (vérité), et des organisations nationales et des cercles de lecture ayant pour but l’éducation du peuple virent le jour. Le cercle Chevtchenko, traitant de thèmes liés à la culture ukrainienne sur le plan scientifique, fut créé en 1873, et joua un rôle non négligeable. Mais l’institution qui contribua le plus à la diffusion de l’idée nationaliste ukrainienne fut sans aucun doute de par ses différents réseaux l’église catholique orientale.
La motivation première du mouvement nationaliste ukrainien était de se différencier de la culture polonaise, dans laquelle avait baigné pendant des siècles l’Ukraine occidentale. De plus, une grande partie des partisans de ce mouvement voyaient en la Russie un partenaire et un protecteur. Avec la création du parti radical ruthéno-ukrainien, premier parti ukrainien fondé par le célèbre écrivain, ethnographe et historien Ivan Franko, des mouvances anticléricales et progressistes y trouvèrent également une place. Par leur initiative fut créé par la suite le parti national-démocrate, dont les adhérents comptaient principalement parmi les membres du clergé gréco-catholique, les proches du mouvement national-libéral et du parti socio-démocrate.
Si les russophiles jouèrent un rôle prépondérant lors des débuts du mouvement nationaliste ukrainien, ceci cessa bien vite au vu des succès obtenus dans la bataille contre l’influence polonaise au début du 20e siècle. Ces succès se reflétèrent dans la société par le nombre grandissant de parlementaires ukrainiens élus au parlement, par une économie de plus en plus prospère et par le nombre toujours plus élevé d’établissement scolaires ukrainiens.
Nous pouvons citer à titre d’exemple pour l’influence grandissante de la sphère ukrainophone dans le domaine scientifique les travaux de l’historien Mychajlo Hruschewsky, directeur de la chaire d’Europe orientale (mais de facto ukrainienne) et président du cercle littéraire Chevtchenko. Pendant sa mandature en tant que président, le cercle Chevtchenko publia environ 300 tomes voués à des sujets scientifiques. Lui-même écrivit une histoire de l’Ukraine en dix tomes.
Kiev (Kiew, Kyiv), la capitale d´Ukraine
02/03/2010 at 12:02 | In A propos de l´Ukraine central | 7 CommentsTags: boire, Kiev, kiew, kyiv, manger, Ukraine
Ceux qui aiment des villes comme Prague ou Budapest vont adorer Kiev. Cette métropole sur la rive droite du Dniepr, devint la capitale de de la Russie kiévienne en 882 après sa conquête par le prince varègue Oleg, escendant des Riurik. Déjà à l’époque, Kiev était une ville très peuplée. Et c’est ainsi que cette ville, dont le nom fut cité pour la première fois en 559, devint la mère de toutes les villes russes.
A la fin du 10e siècle, le prince Vladimir proclama le christiaisme religion d’Etat et fit jeter dans le Dniepr les statues du dieu païen Péroune jusqu’alors vénéré. Kiev en tant que capitale du premier royaume slave de l’ouest prospéra jusqu’en 1240. Ensuite, comme de nombreuses cités russes, kiev fut soumise au joug Mongol qui dura quatre siècles. La ville fut ensuite, au 17e siècle, temporairement sous contrôle polonais, puis russe, avec le traité de Pereyaslav, et en 1708 devint la capitale de la région.
La ville de Kiev, qui comptait au 19e siècle déjà 2.500.000 habitants, connut elle aussi un essor industriel important à cette époque. Pendant la révolution et la guerre civile, la ville fut prise et reprises par les différents protagonistes. Ce furent les Rouges qui l’emportèrent finalement, et qui firent de Kiev la capitale de la République soviétique ukrainienne. En septembre 1941, après de durs combats qui retardèrent considérablement sa marche sur Moscou, Hitler s’empara de la ville. Libérée en novembre 1943, la ville fut reconstruite après la guerre et prit le visage qu’elle présente encore aujourd’hui. Son aspect évolue cependant constamment. On peut le voir aujourd’hui au nombre de grues, aussi bien dans le centre-ville que dans les nouveaux quartiers situés plus en périphérie.
Il ne reste aujourd’hui que peu de traces du passé historique de Kiev. Seuls la Porte d’Or, aujourd’hui reconstruite en béton, quelques murs de fondation encore apparents, ainsi que les murs de la cathédrale Ste Sophie, élevés à l’aide de la technique de l’opus mixtum (mélange de différents matériaux), témoignent de son passé moyenâgeux.
Les époques qui ont le plus marqué l’architecture de Kiev sont dans aucun doute le baroque ukrainien des 17e et 18e siècles, style dans lequel sont construits de nombreux lieux de culte, le boom industriel de la 2e moitié du 19e siècle et bien entendu les sept décennies de communisme. La place Majdan Nezalejnosti, connue du monde entier depuis la révolution orange, reflète au mieux ce mélange de styles, ainsi que le Khrechtchatyk, les Champs-Elysées ukrainiens, fermé à la circulation le week-end.
L’époque plus récente, caractérisée par Gorbatchev, la chute de l’Union soviétique et l’indépendance de l’Ukraine, se retrouve dans les sous-sols, avec ses immenses supermarchés et ses boutiques de luxe aux façades de verre. La ville continue à s’agrandir. Le nombre d’habitants diminue dans l’ensemble de l’Ukraine, mais pas à Kiev : de plus en plus de personnes venant de tous les coins du pays s’y installent, et ont besoin d’un logement, ce qui entraîne l’aménagement de nouveaux quartiers à la périphérie de la ville.
Conseils-restaurant à Kiev :
Café Budmo, descente Andreas (« Andrievsky uzviv ») Ce café discret, donnant directement sur une des rues les plus touritiques de Kiev passerait presqu’inaperçu. Il offre toute une palette de plats pour les grandes et petites faims. Fouchette de prix : inférieure.
Restaurant O’Panas, parc Tarass Chevtchenko : Ce restaurant sympathique au beau milieu du parc est aménagé dans le style ukrainien traditionnel. Le personnel accueillant et dynamique veille au bien-être des clients. La nourriture et les boissons sont servies fraîches et sont délicieuses. Fourchette de prix : supérieure.
Café-restaurant Talgen, vul Velika Vasylkivska (ancienne rue Khervonoarmiïskaïa) : Ce café très agréable est le point de rencontre de la classe moyenne kiévienne en plein essor. C’est ici que l’on vient se détendre, oublier le stress de la vie en ville en rencontrant ses amis, écoutant de la bonne musique, ou tout simplement en partageant un bon repas. Il y a des salles séparées pour fumeurs et non-fumeurs. Fourchette de prix : moyenne.
Dockers Pub, Kreshatyk : Ce bar, où se produisent pratiquement tous les jours des musiciens, est situé en plein centre-ville. La nourriture y est de plus très bonne. Fourchette de prix : moyenne.
Bogdan Khmelnitski – L’Hetmanat d’Ukraine
01/03/2010 at 10:25 | In La histoire d´Ukraine | 1 CommentTags: Berestetchko, Bogdan Khmelnitski, cosaques, histoire, Kiev, lviv, multiculturalité, Ukraine
Il aurait pu couler des jours heureux jusqu’à sa mort, Bogdan Khmelnitski, scribe des Cosaques enregistrés et chef d’une unité de mercenaires au service de la Pologne-Lituanie. Né à Kiev vers 1595, il reçut une bonne éducation chez les Jésuites de Lviv. Sa première femme, Anna, lui donna cinq enfants. Ils s’étaient mariés après que le jeune Cosaque eût passé deux ans en captivité chez les Tatars. C’est ainsi que Khmelnitski avait appris leur langue, leurs coutumes et leur manière d’appréhender le monde, choses qui lui furent bien utiles par la suite.
Khmelnitski connaît ainsi très bien les trois cultures qui s’entremêlent et parfois s’opposent au début des temps modernes dans cette région frontalière: la Pologne-Lituanie catholique, le monde des Cosaques baigné d’Orthodoxie et le Khanat des Tatars de Crimée, influencé par le monde ottoman.
Après la mort d’Anna, Khmelnitski vécut sur ses terres avec la quelque peu volage Helena. Ils ont un fils, qui a dix ans, tandis que son père en a cinquante.
Dans la première moitié du 16e siècle, la pression de la double monarchie Pologne-Lituanie s’était intensifiée à l’endroit des Cosaques libres, des serfs paysans et des orthodoxes en général. Des privilèges bien ancrés avaient été abolis, le Registre, et donc le nombre de Cosaques libres, amoindri, et des familles libres réduites en esclavage. Une première révolte en 1637/38 fut matée dans un bain de sang. Ça bouillonne en Ukraine, la situation est explosive, mais il manque encore un leader digne de ce nom pour qu’une véritable révolution prenne corps.
Puis, la réalité rattrape Bogdan Khmelnitski dans sa vie jusqu’alors paisible. Un magnat polonais convoite ses terres, un autre profite de son absence pour s’y introduire. Sa femme est enlevée, leur fils tué, et la ferme est ravagée par les flammes.
Khmelnitski, jusqu’alors serviteur fidèle du souverain polonais perd tout dans l’affaire. Il se rend au Sitch saparogue, pour rencontrer les Cosaques libres, leur parle et les convainc. De nouvelles alliances se créent, tandis que les anciennes se renforcent. Un accord est conclu avec le Khan des Tatars de Crimée Islam-Girei. Le 19 avril 1648, la Rada composée de 8000 Cosaques élit Bogdan Khmelnitski nouvel Hetman et proclame le début de l’insurrection.
Quelques jours plus tard, 3000 hommes se lancent dans la bataille. Des serfs et des paysans se joignent à eux et ils remportent leur première victoire, au nord de Krivoi Rog au lieu-dit « les eaux jaunes », sur les troupes polonaises épaulées des Cosaques enregistrés. Ces derniers finalement tueront leur chef Barabach et passeront du côté de Khmelnitski. Dix jours seulement après cet affrontement, les troupes de Bogdan Khmelnitski remportent une nouvelle bataille, à Koursoun (aujourd’hui Korsoun-Chevtchenkovski). A Bila Zerkva, l’Hetman lance un appel à rejoindre ses troupes, et les gens accourent par centaines. Tout le pays, de l’Ukraine à l’actuelle Biélorussie, tombe dans la révolte. Terres et villages brûlent, et des combats sanglants font rage.
Cependant, ils n’y a pas que des terres qui brûlent. Des pogroms eurent lieu à cette époque, dans lesquels moururent plus de 10 000 juifs, qui exerçaient à cette époque très souvent les métiers d’intendants des biens pour les seigneurs polonais, de commerçant et de prêteur sur gage. Pour les Cosaques et paysans au paroxysme de leur haine, c’étaient des proies plus que faciles. La manière de vivre des juifs, différente, et l’ansitémitisme chrétien traditionnel firent le reste. Ce fut le début d’une longue suite de pogroms, qui se prolongea jusqu’au 20e siècle.
A la mort du roi Vladislav, la Pologne perd son unité politique. Une armée de bien 40 000 hommes, mais désunie et sans réel leader, se dirige à la rencontre des insurgés. Les officiers polonais espèrent secrètement une chasse à l’homme et une victoire facile. Ce fut tout le contraire qui se produisit. Les troupes victorieuses de Khmelnitski prirent une bonne centaine de canons polonais et les voitures de la suite des nobles cavaliers.
L’entrée de l’Hetman dans Kiev fut triomphale. Mais la proposition d’alliance faite par les Cosaques fut pourtant officiellement refusée par le tsar, les Russes ne se sentant pas encore assez forts pour entrer en guerre ouverte avec la Pologne. Officieusement, les Russes aident au ravitaillement des Cosaques et leur livrent du blé, de la poudre et du plomb.
Un nouveau roi polonais monte sur le trône début octobre. Durant l’hiver, des négociations de paix sont tenues à Pereslav, mais Khmelnitski refuse la proposition du roi Casimir, qu’il juge insuffisante. Suite à cela, Bogdan Khmelnitski est déclaré ennemi public et sa tête est mise à prix: 10 000 Zloty. Pendant ce temps, les troupes polonaises commencent à reculer et à se retrancher à l’ouest. C’est durant l’été 1649 que se déroula une nouvelle bataille importante, la bataille de Sboriv, entre Lviv et Ternopil.
Cette fois-ci, les Cosaques furent trahis par les Tatars. L’Hetman se voit contraint d’interrompre le combat et de rendre les armes. Le nouveau traité de paix proposé par les Polonais est clément, bien plus clément que celui de Pereslav: amnisitie pour tous, liberté de culte, pas de troupes polonaises postées en territoire cosaque et un registre de 40 000 Cosaques: deux fois plus qu’à Pereslav.
Cependant, finalement, personne n’est satisfait et les deux parties s’arment rapidement pour une nouvelle guerre.
La Pologne n’a aucun problème à trouver des soldats pour combattre sous ses drapeaux. C’est justement la fin de la guerre de 30 ans et de nombreux anciens soldats désoeuvrés sont prêts à s’engager comme mercenaires. Khmelnitski, lui, enregistre de plus en plus de Cosaques.
Dans la nuit du 9 au 10 février 1651, l’armée polonaise passe à l’attaque. La bataille décisive a lieu à Berestetchko, au sud de Lutsk. A nouveau, les Tatars trahissent l’Hetman, et le font prisonnier, tandis que les troupes cosaques réussissent à s’échapper et à gagner la steppe sous la conduite de Bogun. Kiev est prise par les Polonais.
Suite à cette défaite, et ce jusqu’en septembre, Khmelnitski disparaît de la scène politique. C’est à cette époque qu’Helena, la seconde femme de Khmelnitski, est assassinée.
Puis il réapparaît pour la signature de la paix de Bila Zerkva, par laquelle les Cosaques perdirent de nombreux acquis. La guerre est arrivée à un point mort. Le peuple semble épuisé, exsangue. Les combats continuent cependant mollement çà et là. En mai 1652, par exemple, les insurgés remportent une bataille à Batog. L’été de l’année suivante, un seigneur polonais envahit à nouveau le sud de l’Ukraine, et les Cosaques entrent en pourparlers avec Moscou. Cette fois-ci, les Russes sont d’accord de conclure une alliance. Les négociations durent jusqu’à octobre, et le 23 de ce même mois, l’Empire russe entre en guerre contre la Pologne. Les Russes n’étaient certes pas encore tout à fait prêts et auraient bien attendu encore une année afin de s’armer correctement, mais ni les Polonais, ni leurs alliés tatars ne s’en doutent. Finalement, les deux armées s’observent, puis se retirent sans même s’être affrontées.
Au début de l’année 1654, la Rada siège à Pereslav. Le tsar accorde à un registre de 60 000 Cosaques ukrainiens les mêmes droits qu’aux autres Cosaques de l’Empire, ceux du Don et de l’Oural, et leur garantit la liberté de culte. L’hetmanat de Khmelnitski, sur la rive gauche du Dniepr, et Kiev inclu, devient ainsi de jure une province russe. L’Ukraine occidentale, par contre, reste sous contrôle polonais.
Le 21.07.1657, l’Hetman Bogdan Khmelnitski se retire de ses fonctions et meurt peu après. C’est la haine de la Pologne qui lui a donné une raison de vivre si longtemps. Sept ans plus tard, lors d’une nouvelle invasion polonaise, sa tombe sera profanée, et ses restes donnés en pâture aux chiens. Finalement, les Polonais réussirent à avoir leur vengeance.
L’ Etat cosaque (Hetmanat)
27/02/2010 at 14:29 | In La histoire d´Ukraine | 2 CommentsTags: Berestetchko, Bogdan Khmelnitski, catholisation, cosaques, Cosaques Enregistrés, Etienne Báthory, hetman, histoire, Horde d’Or, mer Noire, polonisation, Russie kiévienne, Sitch saparogue, Tatars, traité de Pereslav, Ukraine, Union de Lublin
Au 15e siècle, le territoire ukrainien était occupé par deux grandes puissances. La plus grande surface faisait partie de la République des Deux-Nations, la Pologne-Lituanie. Les descendants de la Horde d’Or, les Tatars de Crimée, eux, régnaient sur le sud et l’est du pays. Leurs razzias à répétition conduisirent au quasi dépeuplement de la partie est de l’Ukraine. La partie ouest était également sujette aux expéditions initiées par le Khanat de Crimée, ce qui faisait que le royaume de Pologne-Lituanie, excepté à l’emplacement de quelques rares forteresses frontalières, n’offrait que très peu de résistance aux Tatars. En raison de cette insécurité permanente, la population ukrainienne se déplaça vers l’ouest du pays et les villages de la partie steppique du pays furent laissés à l’abandon.
C’est dans ces steppes fertiles, riches en poisson et en gibier, parsemées d’îlots, et où le Dniepr se ramifie en cascades et en petits cours d’eau, que s’établirent à la fin du 15e siècle paysans ukrainiens fuyant les conditions de vie difficiles et la servitude, aventuriers et déserteurs tatars, qui se regroupèrent en communautés armées (Vatages). Ils utilisaient des bateaux spéciaux, les tchaïki, et leurs chevaux pour faire des razzias dans les campagnes environnantes. Le terme de Cosaques, employé pour les définir, vient à l’origine de la langue tatare et signifie « guerriers libres ». Les Cosaques construisirent assez rapidement une forteresse sur l’île Khortytsa, qui devint l’un de leurs principaux bastions pour repousser les Tatars. Celle-ci servit de modèle à la forteresse de « derrière les rapides », le Sitch saparogue, construit dans la deuxième moitié du 16e siècle par Dmytro Vychnevetski.
Les Cosaques vivaient de razzias, dont les victimes étaient au départ des marchands ou des éleveurs de bestiaux tatars. Ils revendaient ensuite leur butin dans les villes. Au fil du temps, les Cosaques s’avancèrent de plus en plus à l’intérieur du territoire tatar. Il est avéré qu’ils parvinrent, avec leurs esquifs rapides et très maniables, les tchaïki, à traverser la mer Noire et même à atteindre Constantinople, où ils répandirent la terreur parmi la population.
Les Cosaques étaient organisés de manière très démocratique. La plus haute instance était l’Assemblée des Cosaques, également appelée Kolo (ronde). Lors de son rassemblement n’étaient pas seulement élus les officiers et le chef des Cosaques, l’hetman, mais ce conseil faisait également office de tribunal. L’hetman jouissait de nombreux droits, dont celui de vie et de mort sur ses sujets. Chaque Cosaque lui devait fidélité absolue. Cependant, l’hetman (aussi getman) pouvait être destitué par le Kolo.
L’Union de Lublin de 1569 et la main-mise de la Pologne sur de nombreux territoires de la future Ukraine signifia une réorganisation territoriale un nouveau déplacement de population vers les steppes orientales. Le roi polonais Etienne Báthory était à ce moment-là pleinement conscient du rôle que pouvaient jouer les Cosaques dans la stabilisation des zones frontalières. Il jugea d’autant plus sage, pour des raisons de politique intérieure, au vu de leur réputation de mercenaires épris de leur liberté, de rallier les Cosaques à sa cause. C’est ainsi qu’il lia à l’Etat un contingent restreint de Cosaques bénéficiant de privilèges particuliers en échange de leur loyauté, les fameux Cosaques Enregistrés.
Par la suite, l’attribution de terres à de gros propriétaires terriens polonais et la réorganisation de l’administration de l’Ukraine devait en accélérer la polonisation. Les paysans, qui vivaient jusqu’alors librement, furent réduit en esclavage, et l’on encouragea l’assimilation des classes supérieures à l’Etat polonais. La catholicisation de l’Ukraine, dont la lutte contre la foi orthodoxe était partie intégrante, semble en avoir été l’une des étapes les plus significatives. Ceci mena au fait que des personnes d’origines de plus en plus diverses se joignirent aux Cosaques, cependant qu’un sentiment anti-polonais de plus en plus affirmé grandissait au sein de la population. Ceci conduisit à de nombreuses tensions et affrontements, dont la rébellion de l’Hetman Bogdan Khmelnitski en 1648 fut l’apogée. Cet événement est considéré aujourd’hui par les Ukrainiens comme le mythe fondateur de la Nation. Car lors de cette rébellion, Khmelnitski lança un appel pour la création d’un Etat cosaque indépendant.
Dans la période qui suivit, les Cosaques conclurent plusieurs alliances afin de préserver leur indépendance. Ils s’allièrent à l’Empire Ottoman face à la Pologne (Berestetchko), combattirent aux côtés des Russes, également contre les Polonais, et se lièrent à eux en 1654, le traité de Pereyaslav stipulant le rattachemant de l’hetmanat ukrainien à Moscou. Du côté russe, on considère cette date comme celle de la réunification de deux Etats séparés, existence provoquée par la fin de la Russie kiévienne au 13e siècle, et l’intégration de l’Ukraine à la Russie.
Cependant, la situation ne s’améliora pas pour autant en Ukraine. Les tensions ne cessèrent qu’en 1686 avec la Paix d’Andrusovo, par laquelle l’hetmanat devait être séparé en deux. La partie située sur la rive gauche du Dniepr comprenant Kiev et le Sitch saparogue revinrent à Moscou, tandis que la partie orientale de l’Ukraine fut cédée à la Pologne-Lituanie. Le partage de l’hetmanat signifia la fin d’un Etat cosaque unifié. Malgré de nombreuses révoltes de Cosaques d’un côté comme de l’autre du Dniepr, cette division semblait irremédiable. Polonais, Russes, Tatares et Cosaques continuèrent à se combattre tout au long des années 70 du 17e siècle, ce qui provoqua un exode massif de la population de l’est à l’ouest du Dniepr. Les privilèges accordés aux Cosaques par l’une ou l’autre des puissances dominantes se voyaient en règle générale rapidement révoqués, ce qui poussa ces derniers à changer constamment d’alliés.
La seule solution pour les Cosaques afin de continuer d’exister était donc d’essayer de réunifier le pays. C’est ce que chercha à faire Ivan Mazepa, élu en 1687 Hetman d’Ukraine occidentale. Il commença par se battre aux côtés de Pierre le Grand contre les Suédois lors de la Guerre du Nord. Puis, fort du soutien du futur empereur russe, il réussi à réunifier une dernière fois les deux hetmanats. Malheureusement, ce qui paraissait être au départ une coopération fructueuse se dégrada très rapidement. Car dans le Grand Empire Russe moderne et hypercentralisé imaginé par Pierre le Grand, la démocratie cosaque n’avait pas sa place. De plus, les guerres menées par les Cosaques du temps de Pierre le Grand montraient qu’ils avaient perdu de leur puissance militaire. Leur soutien n’était donc plus aussi intéressant stratégiquement aux yeux des Russes. La pression grandit, tandis que la justification des privilèges des Cosaques était de plus en plus remise en question. Mazepa profita de l’occasion pour revenir à la politique de bascule habituelle aux Cosaques, et s’allia aux Suédois, qui envahirent le territoire russe en 1708. Pierre le Grand, furieux, fit pendre un portrait de Mazepa à une potence, fit raser sa maison et le fit excommunier par l’Eglise orthodoxe. Le corps des Cosaques était partagé. Une partie continua à combattre aux côtés des Russes, tandis qu’un nombre de plus en plus restreint restait fidèle à l’hetman, toujours allié aux Suédois. La bataille décisive se déroula à Poltova durant l’été 1709. Les forces suédoises, épaulées des 3000 Cosaques de Mazepa, furent écrasées par les troupes russes. Ivan Mazepa mourut peu après en exil.
Pierre le Grand restreignit par la suite l’autonomie de l’hetmanat et fit en sorte de l’intégrer à la structure administrative russe. Les Cosaques du Sitch saparogue fuirent vers le nord de la Crimée, vers les territoires contrôlés par les Ottomans, et s’installèrent à Olechki (aujourd’hui Tsiouroupinsk), à l’embouchure du Dniepr sur la mer Noire. En 1925, après la mort de Pierre le Grand, et ce jusqu’au début du règne de Catherine II, les Cosaques bénéficièrent à nouveau de certains de leurs privilèges. Mais Catherine II avait en tête de continuer l’oeuvre de Pierre le Grand et de faire de l’Empire russe un Etat centralisé. A ses yeux, l’hetmanat cosaque n’était pas compatible avec la structure nouvelle de l’Empire. Elle dissolut donc l’hetmanat. Ce n’était malheureusement que la première étape. Après sa victoire sur l’Empire Ottoman an 1774, qui lui permit d’annexer le khanat de Crimée, l’Ukraine cessa d’être une région frontalière, et l’impératrice se posa la question de l’utilité stratégique future des Cosaques pour la Russie. En 1781, la réforme administrative voulue par Catherine II fut mise en application sur la rive ouest du Dniepr. En l’espace de deux ans, tous les régiments cosaques furent démantelés et intégrés à l’armée russe. L’hetmanat avait bel et bien disparu.
Même les Cosaques-saparogues n’échappèrent pas à ce destin. Eux qui étaient pourtant revenus au sein de l’Empire russe après la mort de Pierre le Grand furent déportés à la fin des années 70 et leur hetman fut banni et enfermé au monastère de Solovki au bord de la mer Blanche, connu pour ses conditions de détention particulièrement sévères.
L’histoire bicentennaire du Sitch saparogue trouva ici sa fin. Les Cosaques qui réussirent à s’échapper trouvèrent refuge dans la région du Don, de Kouban et le long des côtes de la mer Noire.
Galicie-Volhynie
27/02/2010 at 14:19 | In La histoire d´Ukraine | 1 CommentTags: galicie, histoire, joug mongol, lviv, mongols, multiculturalité, Roman Mstislavitch, Russie kiévienne, Ukraine, Vistule, Volhynie
En 996, le prince Mieszko se convertit au christianisme et fonda le royaume de Pologne ayant pour capitale Gniezno (Gnesen). A cette première ébauche d’un Etat polonais appartenait également le territoire situé entre le Bug et le San, affluent du Vistule. C’est cette région-là que conquit le prince kiévien Vladimir en 981. Dans la première moitié du 11e siècle, ce territoire changea deux fois de mains, jusqu’à ce que les descendants de Valdimir Monomaque en fassent leur base principale dans leur combat pour conquérir Kiev. Cette période, où la région fut mise à feu et à sang s’acheva au 12e siècle avec le règne de Roman Mstislavitch (1173-1205), prince kiévien, qui réussit à consolider son pouvoir et à étendre son influence plus au sud.
Pendant ce temps-là, plus au sud, aux pieds des Carpates, les Rostislavitch, une famille de la haute noblesse de Novgorod, tentait également d’établir son pouvoir. La Rus’, quant à elle, avait certes conquis au nord des territoires polonais, mais entra en conflit à l’ouest avec la Hongrie. De l’Est déferlèrent de plus des hordes mongoles.
La Pologne, la Hongrie, les Mongols ainsi que les différentes familles de la haute noblesse convoitant Kiev déterminèrent l’histoire de cette région du nord de l’Ukraine, à laquelle on donna le nom de Galicie-Volhynie. Bien que ce territoire ait été depuis toujours une région frontalière, les historiens d’aujourd’hui y voient les racines de la nation ukrainienne.
Pendant que la Volhynie perdait de son inflence, en Galicie, les princes Vladimir Volodarevitch (1141-1153) et Yaroslav Osmomysl (1153-1187) réussirent à conclure avec succès différentes alliances successives avec la Hongrie, la Pologne et la Rus’, ce qui permit de consolider leur pouvoir. Cependant, après la mort d’Yaroslav, dont les exploits étaient déjà chantés dans le Dit de l’Ost d’Igor, ses descendants, les souverains de Pologne, Hongrie ainsi que de la nouvelle principauté de Volhynie, Roman Mstislavitch, se disputèrent sa succession. En 1199, le prince Roman réussit à unifier les deux territoires en une seule principauté. Mais la région était toutefois loin d’être stabilisée, et cela notamment à cause de l’arrivée de hordes mongoles.
Daniel, le fils et héritier de Roman, fut comme beaucoup d’autres princes slaves obligé de se plier au joug mongol et de prêter serment de fidélité au Khan de la Horde d’Or. Une alliance avec Rome ne permit pas de renverser la situation, mais entraîna le couronnement de Daniel en tant que roi, ce qui le mit sur un pied d’égalité avec le roi de Hongrie, qui avait lui aussi des vues sue le trône de Galicie-Volhynie.
La politique de colonisation mise en œuvre par Daniel eut un impact très important sur l’histoire de la région. Il favorisa l’établissement d’Allemands, d’Arméniens et de Juifs, ce qui marqua le commencement de la diversité culturelle spécifique à l’Ukraine occidentale. Le fils de Daniel, Léon (1264-1301) fonda à l’emplacement d’une forteresse de son père la cité de Lviv (Lemberg), et agrandit la principauté jusqu’à Lublin.
Cependant, ce petit pays ne pouvait tenir longtemps face à l’appétit des grandes puissanes voisines, la Hongrie, la Pologne et la Lituanie. Casimir III de Pologne s’empara en 1349 de la partie nord du territoire. La Pologne et la Lituanie se disputèrent la région jusqu’à ce que le Grand Prince lituanien Yagiello prenne pour épouse la princesse polonaise Yadviga, ce qui conduisit à la réunification des deux royaumes. L’histoire de la « petite Russie » y trouva ici sa fin.
La Russie Kiévienne
27/02/2010 at 14:13 | In La histoire d´Ukraine | 1 CommentTags: Cathédrale Sainte-Sophie, Chronique de Nestor, galicie, histoire, mer Noire, mongols, Russie kiévienne, Ukraine, Volhynie
Deux processus distincts conduisirent à la création du premier empire slave occidental, la Russie kiévienne.
A la fin du premier siècle, des tribus slaves s’installèrent en Europe centrale, sur la presqu’île balkanique et au nord-ouest de la Russie actuelle. Suite à cette expansion fut créé l’Empire de Grande Moravie, situé à l’ouest du Danube ainsi que le premier Empire bulgare au sud de ce même fleuve.
Ensuite, des peuples germaniques venant du Danemark, du sud de la Suède et de Norvège déferlèrent sur l’Europe. Ce fut le temps des Normands, des Vikings et des Varègues, qui pillèrent les côtes d’Europe et d’Afrique du Nord. Avec leurs drakkars très maniables, ils parvinrent à s’introduire très loin à l’intérieur des terres en naviguant sur de grands fleuves comme le Rhin et la Seine, afin de mettre à sac de nombreuses villes.
Ils réussirent, en passant par les fleuves d’Europe de l’Est, à aller de la Baltique à la mer Noire. A cet endroit se trouvait Constantinople, connue pour ses richesses fabuleuses. Les Vikings, Normands et Varègues, au court de leurs expéditions, avaient compris l’intérêt d’épargner les habitants et d’imposer un tribut aux terres conquises, ce qui signifiait la possibilité d’un commerce certes imposé, mais plus ou moins pacifique, permettant d’engendrer de grandes richesses.
C’est ainsi que furent créés le long des routes fluviales d’Europe de l’Est tout un réseau de comptoirs de commerce typiquement scandinaves, où étaient rassemblées les marchandises, le tribut des populations conquises, et où se développa rapidement un commerce prospère avec les populations autochtones slaves. Les marchandises échangées étaient entre autres le miel et les fourrures, très prisées à Byzance et dans les califats arabes.
La noblesse varègue s’établit sur ce filon, et les relations se pacifièrent peu à peu entre les slaves et les scandinaves. Novgorod au nord et Kiev sur le Dniepr devinrent les centres principaux d’un commerce prospère, qui n’aurait pu fructifier sans l’entière collaboration des slaves, et conduisit à l’ébauche d’un premier Etat.
Dans l’historiographie russe, puis soviétique, le rôle joué par les scandinaves dans la création de la Russie kiévienne fut passé sous silence. Un avis contraire exprimé à voix haute pouvait conduire à la fin anticipée de carrière ou à pire. Aujourd’hui, la question est traitée de façon beaucoup plus pragmatique.
Peu de sources témoignent de cette époque lointaine. L’une des rares sources à disposition des chercheurs, dont l’exactitude n’est cependant pas certaine, est la « Chronique des Temps passés » du moine kiévien Nestor, connue aussi sous le nom de la « Chronique de Nestor ». Selon ces chroniques, Oleg le Riourikide réunit les royaumes de Kiev et de Novgorod en 882 et fit de Kiev la « mère de toutes les villes de la Rus’ ». En 955, la princesse Olga (Helga) se fit baptiser à Constantinople, et appela auprès d’elle le prêtre Otto le Grand afin qu’il convertisse ses sujets à la foi chrétienne.
Si Olga porte encore un nom germanique, le nom slave de son fils Sviatoslav (962-972) témoigne de l’assimilation de plus en plus évidente des princes varègues à la population slave locale.
Le fils de ce dernier, Vladimir, fit du christianisme la religion d’Etat. Ceci marqua d’un côté les débuts de la Russie kiévienne comme un Empire respecté, et d’un autre côté posa les jalons du développement culturel spécifique à l’Europe Orientale.
Le règne de Yaroslav le Sage (1019-1054) marqua l’apogée de la Russie kiévienne. A Kiev commença la construction de la Cathédrale Sainte-Sophie, Ilarion devint le premier métropolite russe et on introduisit un premier code de loi. Les luttes pour l’accession au trône et les révolutions de palais restèrent pourtant des problèmes récurrents. Yaroslav tenta de changer les règles de succession au trône, selon lesquelles désormais le dauphin ne devait plus être automatiquement le fils aîné du roi, mais pouvait aussi être le plus âgé de ses frères. Cela n’apaisa cependant en rien les tensions au palais, car désormais oncles et neveux se faisaient la guerre pour accéder au trône.
L’empire déclina peu à peu. La ville de Souzdal, située au nord-ouest de la Rus’, devint de plus en plus puissante jusqu’à concourrir avec Novgorod, cependant qu’au sud-ouest la Galicie-Volhynie devenait de plus en plus prospère. Des razzias de nomades à cheval dans les steppes situées au nord de la mer Noire empêchèrent le bon déroulement du commerce entre le nord et le sud, qui était l’une des principales sources d’enrichissement de l’Empire
En 1240, les hordes mongoles mirent à sac Kiev. Ceci marqua la fin du long déclin de l’Empire kiévien.
Kamianets Podilski et Khotyn
26/01/2010 at 14:07 | In A propos de l´Ukraine ouest | Leave a CommentTags: forteresse, kamianets, khotyn, podilski, Ukraine
Kamianets Podilski, la ancienne forteresse de Podolie, construite dans une gorge située au-dessus de la rivière Smotrytch, et qui servit pendant des siècles de poste avancé à la frontière sud-ouest du royaume de Pologne, vous charmera par son architecture et son ensemble de 170 monuments culturels. La ville est citée pour la première fois dans les chroniques en l’an 1106 et est donc l’une des cités les plus anciennes du pays.
Le quartier arménien vaut particulièrement la peine d’être visité, ainsi que la place-forte, dont les fondations datent du 11e siècle et l’église catholique Pierre-et-Paul, qui fut utilisée comme mosquée entre 1672 et 1699, lors de l’occupation turque. Le minaret de 36 mètres qui y fut construit ne fut pas détruit lors de la reconquête de la ville. Une statue de la vierge symbolisant la gratitude des Polonais y fut simplement apposée.
La ville de Kamianets Podilski n’est pas inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, mais est inscrite sur la liste pour le devenir. Ces dernières années, un grand rassemblement annuel de montgolfière contribua au prestige de la ville. Lors de ce rassemblement, il est possible de monter dans les montgolfières pour une petite promenade.
Les environs de Kamianets sont particulièrement intéressants pour les spéléologues amateurs et professionnels. Au fil des millénaires, des réseaux de grottes soutteraines se sont développées dans les terrains karstiques entourant la ville. Ces grottes sont, bien entendu l’objet de visites, et vous aurez l’occasion de les découvrir et même de les explorer aux côtés de guides qualifiés.
Parallèlement à cela, les rivières Dniestr, Smotrytch et Sbrutch avoisinantes proposent soit un parcours plutôt historique, avec la découverte sur leurs berges des vestiges de nombreuses bourgades et de villages, ou bien des sports de plein air pour tous les niveaux, comme du kayak ou du pédlo sur des bras de rivière ou sur le lac de barrage tout proche.
Khotyn fortifiée sur le Dniestr à proximité des villes de Tchernivtsi et Kamianets Podilski a joué au cours des siècles un rôle important dans la défense des routes commerciales et des frontières des Etats auxquels elle appartenait, de part sa position géostratégique intéressante. Elle fut successivement sous contrôle moldave, polonais, turc et russe, ce qui donna un cachet particulier à la ville.
La forteresse de Khotyn fut un lieu stratégique primordiale pour l’une des grandes batailles de l’histoire de la région, la bataille de Khotyn en 1673, où les Ottomans subirent une défaite importante face à l’Union polono-lituanienne: les Polonais, soutenus par les cosaques et les Moldaves, ce qui permit de stopper la vague d’invasion turque.
Brody
26/01/2010 at 14:01 | In A propos de l´Ukraine ouest | Leave a CommentTags: brody, galicie, Ukraine
Cette petite ville au coeur de la Galicie doit sa notoriété auprès du public français et allemand à l’un de ses illustres fils, l’écrivain Joseph Roth (Brody, 1894- Paris, 1939), qui y naquit et fréquenta son lycée. Ses romans, imprégnés de l’atmosphère du déclin d’une grande monarchie, sont des livres-témoins de l’époque et de la région.
La ville de Brody, fondée il y a plus de 800 ans, était autrefois une capitale marchande à la frontière polonaise. Elle fut soumise tès tôt au Droit de Magdebourg, ce qui favorisa le commerce et l’artisanat.
La population juive, qui représenta jusqu’à deux tiers de la population locale, joua un rôle très important dans le développement culturel de la ville. C’est ici que le rabbin Israel ben Elieser, appelé « Baal Shem Tov », développa l’idée d’un hassidisme non-ascétique.
L’apogée de Brody fut sans doute celle après 1772, lorsque la ville se trouva sous la domination austro-hongroise. La ville acquit le statut de ville marchande libre, ce qui lui donna une impulsion économique importante. A partir de cette période, elle devint la seconde ville de Galicie, et fit office de ville de transit entre l’Empire Austro-Hongrois et l’Empire de Russie. Des banques; des maisons de commerce étrangères et des comptoirs importants y furent créés. La prospérité grandissante se retrouva également dans le nombre d’édifices publics, écoles, lycées et hôpitaux qui y furent construits et dans le nombre d’administrations qui y installèrent leur siège.
Le déclin de Brody commença à la chute de l’Empire Austro-Hongrois. La Deuxième Guerre Mondiale porta un coup fatal à sa prospérité, les nazis exterminant presque la totalité de la population juive, détruisant ou confisquant les trésors culturels juifs et utilisant les pierres des cimetières juifs pour paver les routes. Après la guerre, la ville fut soviétisée et les précieux monuments historiques laissés à l’abandon.
Aujourd’hui, le temps a laissé des traces sur certains lieux et édifices, les a effacées sur d’autres. Seuls les murs porteurs d’une des deux anciennes synagogues sont encore visibles, le cimetière juif autrefois situé aux portes de la ville est aujourd’hui envahi d’herbes hautes, le château a totalement disparu du paysage et une bonne partie du mur d’enceinte s’est effondré. Cependant, en flânant dans les rues de cette ancienne métropole commerciale juive, il est toujours possible d’en sentir la magnifiscence et l’affairement d’autrefois.
Après l’indépendance de l’Ukraine, on commença a vouloir préserver les derniers vestiges de la métropole des affres du temps. Cela demande du temps, mais aussi énormément d’argent.
La bataille de Berestetchko – La trahison des Tatars de Crimée
26/01/2010 at 13:37 | In A propos de l´Ukraine ouest, La histoire d´Ukraine | 2 CommentsTags: Berestetchko, cosaque, tatar, Ukraine
Berestetchko fut, au 17e siècle, le théâtre d’une bataille sanglante marquant le début du déclin des Cosaques. Pendant des siècles, les Cosaques avaient tout tenté afin de s’assurer la création un Etat cosaque (Hetmanat) légitime et souverain, création toutefois sans cesse empêchée par les grandes puissances dominantes, la Pologne-Lituanie et la Russie. Les Cosaques tentèrent donc d’arriver à leurs fins en s’alliant avec les Tatars du Khanat de Crimée contre le Royaume de Pologne-Lituanie. C’est à Beretchenko que se déroula une bataille décisive.
Affluèrent vers le champ de bataille plus de 150 000 soldats polonais, Cosaques et Tatares, parmi eux Bogdan Khmeknitski, le roi Jean Casimir, Mikolai Pototski et Ivan Bogun. La bataille fut particulièrement sanglante, avec canons, mousquets, sabres, chevaux et voitures de combat. Au début, la supériorité stratégique des troupes polonaises fut contrée par l’extraordinaire volonté de gagner le combat des Cosaques.
Ce fut la trahison du Khan tatar Islam Giray qui marqua un tournant décisif dans la bataille, celui-ci faisant prisonnier son allié Bogdan Khmeknitski et ordonnant à ses troupes de se retirer du champ de bataille, laissant les Cosaques continuer seuls et sans protection le combat. Les Polonais profitèrent de la situation et le combat redoubla d’intensité. Le soir venu, le champ de bataille de Berestetchko est recouvert de 30 000 corps de soldats, officiers, femmes, vieillards et enfants.
Cette bataille est aujourd’hui considérée comme l’un des traumatismes de l’histoire ukrainienne.
Suite à cette bataille, Bogdan Khmelnitski, ayant retrouvé a liberté, se retrouva dans l’obligation de signer un traité de paix avec la Pologne, stipulant le retour dans le giron polono-lituanien des territoires contrôlés par les Cosaques, et de l’abolition des privilèges accordés par le roi polonais Etienne Báthory aux Cosaques Enregistrés en 1590, au profit de la noblesse polonaise.
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